Artwork

SéFINAT est l’anagramme de Stéfani. Comprenez par là une sorte d’avatar qu’a fondé le plasticien lyonnais Benoît Stéfani – l’artiste parle même d’entreprise, au sens de l’action d’entreprendre – afin d’organiser son travail, le rendre malléable et l’exposer comme bon lui semble. Il semblerait même que ce « pantin », créé de toute pièce, prenne parfois le dessus sur le maître, ce qui peut donner lieu à un imbroglio identitaire dans lequel Benoît Stéfani semble se complaire… SéFINAT est donc tout à la fois l’invention, le substrat et la muse de l’artiste, et c’est à elle que l’on doit, entre autres, la pochette de l’album uncanny.

SéFINAT dans son atelier
Benoît Stéfani dans son atelier

L’« entreprise » SéFINAT est vouée depuis sa création à la construction d’univers poétiques et visionnaires. Son œuvre touche d’abord par son caractère faussement naïf. Fondées à partir d’outils du quotidien (ruban adhésif, post-it, caissons lumineux), plusieurs de ses installations renvoient à des représentations simplistes de l’esprit (îles présentées sous forme de maquettes d’assemblage, moteur à air, bateaux permettant de regarder sous les jupes des filles). Mais, depuis la matière première a priori banale, jusqu’au résultat final, parfois enfantin, se déroule un processus de mise en scène méticuleux, qui a pour conséquence de nous écarter de tout sentiment prosaïque. Au-delà même de leur surprenante énergie visuelle, les objets figurés revêtent une dimension onirique lorsqu’ils sont manipulés par l’artiste. Ultraprécises et malicieusement agencées, les maquettes, images et sculptures de SéFINAT forment un décor dans lequel on déambule, sans jamais pouvoir franchir la frontière symbolique qui nous relie à lui. Comme si nous nous retrouvions nez à nez avec notre inconscient, avec pour seul moyen d’agir la fascination, ingénue et contemplative.

Installation pour l'exposition Laverie Paradisio
Installation pour l’exposition Laverie Paradisio

La première collaboration entre SéFINAT et NICKEL PRESSING date de la fin de l’année 2009, lorsque Benoît Stéfani invite le groupe à effectuer une performance pour son exposition Laverie Paradisio. Le projet consiste à fabriquer et diffuser autant que possible une laverie « piège », dont la fonction première n’est plus de laver du linge, mais d’être une fenêtre sur Insel Paradisio, une île artificielle mobile à peine discernable, située quelque part en pleine mer. Les artefacts humains de l’océan (supertankers et plateformes pétrolières notamment) sont autant d’objets d’inspiration pour l’artiste, qui n’hésite pas à en faire les figures de ce monde marin réinventé. Il les reproduit avec un sens du détail inégalable, tout en les privant de leur aspect industriel, par leur composition d’une part, tout de plastique et de couleurs délicieuses, par leur association d’autre part, aux côtés d’images ou de personnages improbables.

La Laverie Paradisio (une surprise à l'intérieur...)
La Laverie Paradisio (une surprise à l’intérieur…)

Dans le cadre de l’exposition, les membres de NICKEL PRESSING étaient mis en scène comme des musiciens résidents d’une place centrale de l’île, la Piazza Discobole, conçue par son créateur comme un lieu d’une idéale ingéniosité, permettant de revendiquer haut et fort « l’inaliénabilité de la place de la musique dans la vie de chacun ». Le succès inattendu de cet espace idyllique, reconnu d’utilité vitale par les habitants de l’île, a eu pour effet d’amoindrir « les méga-monopoles de production » au bénéfice de telles constructions, respectueuses de l’éco-système et « adaptées à l’échelle humaine ». L’utopie présentée par SéFINAT se comprend, avec poésie, comme une projection sociopolitique – ouvertement paradisiaque – de notre société post-industrielle.

La parution du premier EP de NICKEL PRESSING était l’occasion d’inscrire cette collaboration métaphorique dans le réel, au-delà de la seule période d’exposition. Pour les membres du groupe, qui cherchaient à illustrer le concept d’uncanny sur la jaquette de l’album, il apparut logique de faire appel à un artiste coutumier du détournement d’objets et de la transformation de lieux quotidiens, qui plus est de laveries automatiques…

Sexy dream // SéFINAT 2010 // (c) Loïc Charbonneau
Sexy dream // SéFINAT 2010 // (c) Loïc Charbonneau

Le choix des musiciens se porta sur l’œuvre de SéFINAT intitulée Sexy dream, désormais visible en version photographiée sur l’artwork du CD. Ce collage composé de scotch coloré et d’images reflète toute la subtilité d’un inconscient qui nous joue des tours, lorsqu’il croise des émotions enfantines (le bateau à tête de canard, objet d’une réminiscence), des pulsions inassouvies (la femme lubrique, dominatrice dans son placement, dominée dans son attitude) et d’éléments incongrus dont la présence surprend et déconcerte (le marcheur, le paysage montagneux, le ciel bleu azur). Si les éclats de matière dynamiques nous rassurent, en rappelant haut et fort que nous nous trouvons face à une scène de rêve, la puissance plastique du tableau et les éléments qui le composent ont tendance, quant à eux, à dérouter. Et l’on peut supposer que cette inconvenance provient justement des effets attrayants et, à proprement parler, carnavalesques, qu’a attribué l’artiste à ses objets. Etonnamment captivant, et tout simplement uncanny.

Sexy Dream, détails...
Sexy Dream, détails…

 

Blog de SéFINAT :

http://stefanibenoit.blogspot.com/

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