Concept

Intraduisible en français, le terme uncanny est un concept qui renferme plusieurs notions : étrange, mystérieux, déroutant etc…

Sigmund Freud a cherché à appréhender « uncanny » sous l’angle de la psychanalyse, en 1919, par la rédaction de Unheimlich. L’article est paru en France sous le titre L’inquiétante étrangeté, au Royaume-Uni sous le titre Uncanny. uncanny signifie pour Freud le sentiment de « vague malaise » que peut ressentir une personne lorsqu’elle perçoit subitement comme étranger quelque chose de familier.

Photographie issue de l'exposition "heimlich", présentée aux Rencontres de la photographie de Arles 2010

Laurie Dall'Ava, "untitled"

Dans un registre souvent plus léger, le langage courant a pris le relais de cette analyse pionnière, en associant l’usage d’uncanny à des situations plus simplement déroutantes comme  ces rencontres imprévues: « Steven, mais comment se fait-il que je te croise dans ce trou peaumé, c’est comme si tu m’avais suivi !? / uncanny, isn’t it ? ».

Début 2010, Nickel Pressing découvre la notion uncanny au détour d’une exposition de photographie (Heimlich, Arles 2010*). La notion est rapidement choisie comme le dénominateur commun de leur premier EP : elle justifie le choix des morceaux et donne son nom à l’album. Pourquoi ce choix ? Uncanny semble illustrer parfaitement le paradoxe d’une musique à la fois accessible et déroutante, dixit les spectateurs des concerts de Nickel Pressing. Cette impression nous est livrée ici sous forme de témoignage :

« Jusqu’à présent, nos concerts se déroulaient dans des lieux que l’on jugeait en totale adéquation avec ce que l’on avait toujours recherché. Ces mêmes lieux où en tant que spectateur nous assouvissions nos envies. Cela n’a pas empêché au public dit « rock » et « ouvert » de nous adresser souvent la même remarque : « vous êtes originaux, on sent qu’on a les mêmes influences que vous mais vous les transmettez différemment ». Le public étant déboussolé, nos sentiments étaient proches de l’absurdité, du dérangement. Nous étions uncanny, étrangers dans des lieux familiers. » (Gaël – Bassiste de Nickel Pressing)

 

Nickel Pressing, "untitled"

Nickel Pressing, "untitled"

Au-delà du rapport aux spectateurs, la musique de Nickel Pressing peut dérouter (au sens d’uncanny) par son genre musical. La musique pop s’est construite autour de mythes rassurants: les chansons, délibérément attractives ne seraient plus réservées qu’aux seuls initiés. Et, à la différence de la « variété », s’opère avec la pop une mise en collectif du processus créatif, le groupe devenant une tribu à part entière (avec ses rites et ses normes), à laquelle on peut facilement s’identifier. Qu’il s’y rattache ou s’en dégoûte, l’auditeur voit en cette forme artistique un tout dont il est familier.

La musique de NICKEL PRESSING a ce petit quelque chose de « pop » et donc de rassurant, quand elle nous fait balancer entre décontraction, émotion et sourire, quand elle s’assume comme ce qu’elle est avant tout : un divertissement. Mais, tout aussi subitement qu’il nous a conduit au cœur de son référentiel, le groupe se plait à nous détourner d’une suite trop évidente. Il déroute par l’utilisation détournée de ses instruments ; il déroute par ses rengaines à multiples niveaux de lecture ; il déroute par son énergie à vous couper le souffle. Il y a donc bien du uncanny dans NICKEL PRESSING, même à très forte dose, mais à la différence près que celui-ci émerveille plus qu’il ne terrifie.

« Nickel Pressing livre un son constamment effervescent, complètement inédit et inclassable. (…) Ca sonne complexe, dense, brut, urgent, rugueux, catchy…, les mots me manquent. (…) Uncanny est un EP aussi déroutant que précieux. » (Not For Tourists – Paris)

NB : La première photographie est issue de l’exposition Heimlich, présentée par le Master Métiers des arts et de l’exposition aux Rencontres de la photographie de Arles 2010.

 

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