Vidéo

Mupalia Pictures voit le jour en 2009, quand une poignée de kids américains se réunissent à Miami pour produire un clip vidéo, comme ça, l’air de rien. Un an plus tard, beaucoup d’excitation et une bonne dose de café en plus, Mupalia s’affirme comme un collectif bourré de talent, dédié à la réalisation indépendante de films en tous genres.

Making-of du clip de Beck is back #1
Making-of du clip de Beck is back #1

Des clips de rap indé (Ghostwridah, ¡MAYDAY!, Reks) à ceux du groupe de rock Deaf Poets, en passant par quelques courts métrages, les Floridiens, en l’espace de deux ans à peine, ont réussi le pari audacieux de combiner professionnalisme et créativité avec bien souvent trois bouts de ficelle. Le résultat est tellement captivant, que l’on se demande avec quelles armes travaillent réellement ces acharnés de la vidéo, au point de soupçonner certains d’entre eux de se ressourcer dans la principale école de cinéma de New York…

Pour les vidéos hip-hop (qui représentent l’essentiel de leurs productions), les membres de Mupalia ont pris pour parti de soigner au maximum leurs séquences, pour les insérer dans un tout scénarisé et résolument clean. Loin de la crasse lubrique instaurée par la Miami Bass et relayée par certains rappeurs de Floride ralliés au Dirty South, les clips se veulent lumineux et colorés, tandis que le ton sérieux et les situations inextricables mises parfois en scène créent une intrigue que l’on verrait bien projetée sur un écran de cinéma… On retrouve dans le dernier clip de Deaf Poets, si ce n’est un synopsis narratif, tout du moins une même esthétique lissée. De ballons colorés en ralentis radieux, on se prend au goût de communier avec sincérité la musique de ces deux jeunes mélancoliques. Sommes-nous d’ingénus adolescents pour succomber à pareille méthode ? On ose espérer que non…

Making-of du clip de Beck is back #2
Making-of du clip de Beck is back #2

Pour son premier clip, Nickel Pressing a fait appel à Mupalia sur le principe d’une carte blanche. Il avait été demandé aux vidéastes qu’ils se fassent leur propre interprétation du morceau afin que le clip soit le reflet d’une subjectivité piochée parmi une infinité de possibles. Retranscrite ci-dessous, l’intention du réalisateur Marcelo Agudo a finalement tourné autour de la dichotomie douce-amer de la chanson, représentée par la figure du petit train, symbole d’une enfance attendrissante, auquel tout le monde reste pourtant indifférent. Cette situation, peu préoccupante à première vue, est traduite à l’image par des séquences dynamiques, durant lesquelles l’équipe de vidéastes suit le parcours d’un petit train affranchi de l’image de looser qu’il véhicule malgré lui. Mais la micro-fatalité qui s’installe peu à peu sur le quotidien banal de ce jouet en fait le représentant des laissés pour compte de notre société. Et oui, il finit logiquement par péter un boulon et s’enflamme, seul, sans qu’aucun témoin ne constate sa perte. La technique choisie pour monter les séquences – l’animation image par image autrement appelée stop motion – est héritée des premiers films d’animation. Elle représenta un défi pour l’équipe de Mupalia, qui n’avait jamais eu recours au stop motion dans ses précédents clips. C’est donc avec patience, méticulosité et une certaine poésie qu’ils se sont mis à l’ouvrage de ce premier essai, que nous sommes très fiers de vous présenter.

Making-of du clip de Beck is back #3
Making-of du clip de Beck is back #3

Entretien avec Marcelo Agudo, réalisateur

« Lorsque nous avons entendu pour la première fois Beck is back, nous savions que nous devions faire une vidéo qui essaye de capturer les différents niveaux d’interprétation que le morceau véhicule. Je pense que la chanson est, d’une certaine manière, ludique : il y a le chant aigu, le tempo soutenu, la rythmique percutante. Mais en même temps, on a l’impression que la musique nous hante : ça sonne distordu, de travers… Voilà ce que nous avons voulu représenter lorsque nous nous sommes attaqués à ce projet. Et c’est également de là que provient l’idée du petit train. Je me suis revu en train de jouer avec de tels trains quand j’étais plus jeune, et j’ai pensé que ce serait parfait (et très amusant) de centrer toute une vidéo autour de l’un d’entre eux. Nous avons décidé de faire une histoire sur un petit train qui ne peut pas communiquer avec les gens, ce qui fait qu’il déambule au niveau de leurs pieds et vit seul… C’est plutôt sentimental, mais encore une fois, je pense que ce scenario conservait le côté jovial et ambivalent que nous recherchions depuis le début.

C’est comme le stop motion (l’animation image par image, NDLR). Nous avions pensé qu’utiliser une animation particulièrement agitée, de 12 images par seconde, en la combinant avec des séquences plus douces, notamment des ralentis, serait un contraste intéressant, qui conforterait le double jeu, tantôt nerveux, tantôt apaisant, des cordes et des voix dans la chanson. L’animation donne également au morceau un aspect bizarre, un peu old-school, qui fait penser à l’esthétique de certains dessins que l’on gribouille soi-même ou de certains vieux films, qu’il nous paraissait cohérent d’associer à l’image d’un train représentatif de la petite enfance. Au final, il y a un jeu de contrastes précis tout au long de la vidéo (et, je pense, du morceau), qu’il s’agisse du rythme, de la tonalité ou des couleurs, qui est interprété avec brio par notre pauvre petit train. Enfin, j’espère ! »

Clip de NICKEL PRESSING, beck is back :

 

Site web de Mupalia Pictures :

http://mupalia.com/

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